Côté jardin, la permaculture ou l’art de concilier agriculture et écologie

Via Terroirs
Circuits courts,
Producteurs,
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Pour cultiver fruits, légumes et plantes aromatiques en accord avec les cycles saisonniers et la nature, la permaculture offre d’innombrables possibilités. A long terme, elle promet à l’agriculture d’excellentes récoltes sans recours aux engrais chimiques… Rencontre avec le restaurant et micro-ferme écologique de La Source dorée, située à une vingtaine de kilomètres de Lyon.

Dans les pentes de son jardin, Nathalie Gaillet-Boidin se protège du soleil avec un grand chapeau. En milieu de matinée, la chaleur de juillet se fait déjà ressentir. A Saint-Pierre-la-Palud dans les Monts du Lyonnais, Nathalie, ancienne doctorante en droit, a fondé La Source Dorée en 2014 avec son mari. Ce lieu comprend un restaurant, des chambres d’hôtes, un espace bien-être et une micro-ferme de 7 hectares. Ce sont les produits de la ferme qui alimentent la cuisine du restaurant. Dans les espaces cultivables qui surplombent la demeure, tout pousse selon les principes de la permaculture. Véritable science autant qu’état d’esprit, cette approche éthique vise à concevoir des cultures, des terrains agricoles et des espaces de vie tout en respectant les écosystèmes naturels. Un credo ? « Rien n’est déchet, tout est ressource » !

Aucune ferme ne se ressemble

« Depuis le début de l’été, nous n’avons rien arrosé », explique calmement Nathalie en circulant entre ses arbres fruitiers. Difficile à croire avec ces températures caniculaires, lorsqu’on observe la biodiversité qui règne : noisettes, cerises, poires et prunes garnissent un verger à peine débroussaillé. Un chiffre peut-être, pourrait donner un aperçu de la richesse du lieu : neuf sortes de basilic y sont cultivées pour varier les compositions des plats du restaurant attenant. Quelles techniques employer pour arriver à un tel résultat ? « Aucune ferme permacole ne se ressemble, avance la maîtresse des lieux. Le design est la composante essentielle de cette approche mais il varie selon la configuration de l’espace, les produits à cultiver, les personnes qui s’en occupent, etc. La règle d’or, c’est de s’adapter à son contexte, de tout optimiser et de ne jamais perdre d’espace. »

S’adapter à son contexte, optimiser, ne jamais perdre d’espace

Le groin du cochon pour labourer en douceur

Ici, seuls des engrais verts sont utilisés. Les outils motorisés n’ont pas leur place, le désherbage s’effectuant à la main et de façon parcimonieuse. Des barrières à vent sont installées au nord et à l’ouest avec des arbres pour créer des zones de chaleur. Comme le terrain est pentu, les planches de culture sont toutes installées sur des courbes de niveau, perpendiculaires à la pente, afin de récupérer toute l’eau. Chaque « secteur » dispose également d’une mare, mise en place pour apporter de l’humidité et abriter une faune favorable à une belle biodiversité.
Autre règle essentielle, applicable cette fois-ci à toute ferme permacole : la terre n’est jamais retournée. Lorsqu’elle n’est pas exploitée, elle est protégée par de la paille. En hiver, cartons et bâches en plastique la recouvrent et font office de désherbant naturel. « Nous avons aussi deux petites cochonnes : leur groin, très fort, permet de labourer régulièrement le terrain et de désherber. En ce moment, elles sont un peu paresseuses, remarque Nathalie. Pour qu’elles labourent toute la surface, nous déplaçons leur nourriture au fil de l’eau. Plus loin, derrière, vous pouvez voir nos deux bœufs Highland ; ils nous servent de tondeuses. »

 

Le maïs, tuteur des haricots !

Etre attentif à la nature, l’observer au lieu d’intervenir

Pour s’occuper de tous les plants, Nathalie est accompagnée d’une amie ingénieure en agronomie, ainsi que de deux autres employés. Le terrain sur lequel ils travaillent était vierge de toute production à leur arrivée. L’agencement des planches a été conçu pour leur faciliter l’accès aux plants : « Comme nous sommes petites, elles  ne font que 70cm de large, pour nous permettre d’aller au milieu facilement ». Au quotidien, le suivi est précis, les choix de plantation pensés, pour que toutes les espèces interagissent : les fraises servent de plante couvre-sol au pied du cassis, comme les courges au pied des plants de maïs, qui servent eux-mêmes de tuteur aux haricots grimpants. Cultivées ensemble, ces plantes complémentaires s’entraident. Un concept que l’exploitante illustre avec cette phrase : « la permaculture consiste à être attentif à la nature et à l’observer au lieu d’intervenir contre elle ».

 

Priorité au 100% local

Aux fourneaux, Jérôme, chef expérimenté, a cuisiné dans tous les continents avant de s’installer à la Source dorée. C’est à cette approche éthique de la gastronomie et de l’agriculture qu’il adhère. Le restaurateur bénéficie d’une exploitation sur-mesure, puisque tout est planifié de façon à approvisionner le restaurant selon ses besoins, sans trop de surplus. Sa cuisine se veut raffinée sans être traditionnelle, 100% locale mais pas certifiée bio, par choix : « Je ne veux pas devoir payer pour faire mieux », affirme Nathalie. Si les produits qui garnissent les assiettes proviennent pour moitié de la ferme, les autres sont tous issus de producteurs du coin.

100 % locavore et respectueuse de l’environnement, la Source dorée détient les clés d’une harmonie pour séduire exploitants et consommateurs désireux de se mettre plus au vert et de comprendre la nature…

 


Focus sur le Fermes d’Avenir Tour 2017

En matière de permaculture, le philosophe et agriculteur Pierre Rabhi a contribué  à donner une belle visibilité à cette approche. Tout l’été 2017, les choses bougent aussi grâce au FAT, (Fermes d’Avenir Tour), un festival itinérant inédit qui sillonne le pays pour s’arrêter dans des exploitations spécialisées en agro-écologie. De Metz à Rennes en passant par Marseille et Bordeaux, cette association réunit ingénieurs, restaurateurs, exploitants, artisans, journalistes et autres citoyens pour faire la lumière sur  les acteurs de l’agriculture raisonnée et de l’alimentation locale. Idéal pour faire connaître les produits du terroir, partager des savoir-faire et autres techniques de production agricole spécifiques.

L’étape de Dommartin (Ain) par exemple, propose de rencontrer un paysan boulanger qui cultive des variétés anciennes de céréales et pétrit son pain à la main. Dans le centre, c’est la ferme permacole de la Bourdaisière qui invite à des visites et stages pour découvrir de près les principes de la permaculture.

Actuellement du côté de Béziers, le festival poursuit sa route jusqu’au 17 septembre, date de la dernière étape prévue à Rochecorbon, en Indre-et-Loire. Toutes les informations sont disponibles sur www.fat2017.org


©  Aimée Le Goff pour Via Terroirs (crédits photo A. Le Goff / B. Verrier)