Les Seigneurs de la Terre, l’appel de Cérès

Via Terroirs
Via Terroirs

Voilà une BD qui nous fait réfléchir à tout ce qui précède notre alimentation : le choix des modes de production, le rapport à la terre… et même les questions que se pose chaque génération face à l’agriculture qu’elle pratique. C’est ce que nous proposent Fabien Rodhain et Luca Malisan dans le premier album des Seigneurs de la Terre, une belle bande dessinée à laquelle nous ne sommes pas restés insensibles.
Vous vous interrogiez sur le titre de ce premier épisode ? Cérès n’est autre que la déesse romaine des moissons, symbole de la terre et de sa fertilité. Un titre qui prend tout son sens quand on voit Florian, le protagoniste, attiré par l’appel irrésistible de la terre.

L’histoire se déroule à Lyon, dans la capitale de la gastronomie. Florian est le descendant de paysans, fils d’un puissant agriculteur en sud Rhône-Alpes : le président de la coopérative régionale. Voué à connaître une belle ascension sociale, comme l’a toujours voulu son père, il mène une vie aisée avec sa fiancée. Il lui offre la vie mondaine dont elle a toujours rêvé, loin des campagnes où elle a grandit. Décidément, Florian a tout pour être heureux. Mais lorsqu’il accompagne son père au Paraguay pour un voyage financé par une multinationale, il découvre la face cachée de son alimentation : une exploitation intensive et abusive des sols, des petits paysans expropriés…

Touché par la détresse d’une famille sud-américaine expropriée, conscient de cette réalité violente et révoltante, Florian décide de reprendre l’exploitation familiale pour la rendre plus saine et plus humaine. Malgré la réticence de son père, le héros semble déterminé à pratiquer l’agriculture biologique. Mais le chemin sera long. Y arrivera t-il ? Nous en sommes qu’au premier tome, ne soyons pas trop gourmands !

On reconnaît les rues de Lyon, le comportement des producteurs, celui des coopératives et des multinationales. On se retrouve plongés dans un univers que l’on connaît bien : celui de l’agriculture, qui réunit l’homme et la terre. La profondeur psychologique des personnages et la force des images nous imprègnent du décor. Au fil des pages, nous avons l’impression de vivre avec les personnages : les questions que Florian se pose deviennent les nôtres.

En novembre dernier, nous rencontrions Fabien Rodhain, auteur du scénario. En discutant avec Fabien tout comme en tournant la dernière page de sa première BD, on pense aux conditions sociales et écologiques qui nous nourrissent : l’agriculture productiviste s’est ancrée dans notre quotidien. Comme Florian et Fabien, on se sent responsables. Alors on réfléchit à des solutions humaines, à des alternatives pour reprendre en main notre alimentation. Défendre une alimentation plus locale, plus saine et se réapproprier nos terroirs semble être un premier pas pour que la terre et les paysans vivent mieux.

Pour appuyer un tel message, rien de tel que les mots soignés de Pierre Rabhi en guise de préface. Le pionnier de l’agro-écologie nous invite à « prendre conscience de notre inconscience ». A travers cette fiction, on réalise l’impact de nos comportements et de nos modes de consommation. Comme pour nous inviter, en tant que consommateurs, à changer notre alimentation pour le respect de la terre et de ses acteurs : les paysans, les seigneurs de la terre, sans qui nos assiettes n’ont pas de goût.

Vous restez sur votre faim ? Fabien Rodhain est l’auteur de la pièce de théâtre Des semences et des hommes jouée en ce moment à Paris. Une autre façon de poursuivre la réflexion !