Bruno Charles : « La diversité des produits est propre à notre culture »

Via Terroirs
Collectivités Locales

Quelle place pour l’agriculture locale dans l’agglomération lyonnaise ? Nous avons rencontré Bruno Charles, vice-président de la Métropole de Lyon, en charge du développement durable et de la politique agricole, qui nous apporte ses pistes de réponses. Entretien.

Via Terroirs : La question des circuits courts, du local et de la qualité des aliments suscite de plus en plus l’intérêt des consommateurs. Qu’en pensez-vous ?

Bruno Charles : Je crois que nous préférons tous des légumes produits dans la région, plutôt qu’importés d’Argentine et bourrés d’engrais ! Aujourd’hui, il y a une réelle prise de conscience. L’intérêt de l’agriculture locale est multiple : avantages économiques, sobriété énergétique grâce à un bilan carbone réduit, meilleure santé due à une alimentation de qualité, rémunératrice pour les agriculteurs et proposée à un prix abordable. Une étude, réalisée en Région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) a d’ailleurs prouvé que les légumes les moins chers du marché sont bio, de saison et locaux. Et puis nous ne sommes pas obligés de consommer la même chose partout ! La diversité des produits est propre à notre culture ; quand on vit dans une cité gastronomique, que fait-on si on ne promeut pas le local ?

VT : Vous étiez justement présent il y a quelques semaines au salon Planète Appro, le 1er  Salon professionnel des circuits alimentaires de proximité. L’événement, inédit dans la région, reflète-t-il une politique plus ouverte à l’agriculture locale ?

BC : Ce Salon est une initiative de la Chambre d’agriculture du Rhône, qui a tout intérêt à voir la production locale s’accroître. La Région partage le même avis. Planète Appro est donc né d’une volonté commune, suite à proposition faite par la Chambre. Aujourd’hui, nous travaillons en concertation avec elle. Mais à la Métropole, nous n’avons une compétence en agriculture que depuis 2015. Avant, cette politique était gérée par le Département, et couvre 6% des exploitations de l’ancien Rhône, soit environ 350 exploitations. La Métropole, elle, correspond à un tiers de terrains agricoles.

VT : Lyon bouillonne d’initiatives, quelles sont les mesures mises en place par le Grand Lyon pour y répondre et encourager les circuits courts ?

BC : Nous avons renforcé les marchés et les magasins de producteurs. Cela faisait partie de la politique départementale initiale : faire en sorte que les producteurs locaux profitent de la ville pour augmenter leurs ventes directes. Pour valoriser les produits locaux, nous avons engagé un travail de recherche et de remise en culture des variétés anciennes de légumes, avec le CRBA (Centre de ressources de botanique appliquée) et le réseau des AMAP de la région. Nous avons également instauré, avec l’agence Bioconvergence Rhône-Alpes, un catalogue destiné aux restaurateurs. Il recense les producteurs pratiquant l’agriculture biologique, disponibles dans un rayon de 100 kilomètres autour de Lyon. Ce projet est né il y a un an et vise à encourager la restauration à se fournir chez les producteurs locaux qui optent pour l’agriculture biologique.

VT : Vous mettez également en place des appels d’offre. Qui concernent-ils ?

BC : Nous travaillons sur des appels d’offre publics destinés aux producteurs, pour fournir la restauration collective : hospices civils, cantines des écoles et des collèges, résidences pour personnes âgées. Le but est d’augmenter la part d’aliments locaux dans ces établissements. Ce n’est pas toujours simple parce que la demande est parfois trop importante pour que les agriculteurs régionaux puissent y répondre. D’où l’importance de structurer la filière en amont. Le travail doit être fait des deux côtés, tout en respectant la loi… Nous avons le droit d’inscrire l’agriculture biologique parmi nos critères de sélection, mais pas l’agriculture locale. Si le cahier des charges exige une production dans un rayon de 50 kilomètres autour de Lyon, l’appel d’offre peut être attaqué en justice, parce qu’il fausse la concurrence. Nous tentons donc des démarches de contournement, avec un double objectif : augmenter la part du bio et du local dans la consommation, et permettre aux paysans de vivre de leur métier sans avoir recours à l’agriculture intensive.