Alimentation locale : la vision de Via Terroirs !

Via Terroirs
Circuits courts

Alimentation locale, circuits courts, produits de terroir, produits régionaux… Difficile de s’y retrouver pour nommer le choix d’une alimentation basée sur l’agriculture de son territoire ! Puisque l’alimentation locale est au cœur de notre métier, nous avons souhaité délimiter les contours de notre vision au travers d’une réflexion concoctée aux petits oignons par l’équipe de Via Terroirs.

Le périmètre de l’alimentation locale

Comme elle n’est pas réglementée, la notion d’alimentation locale reste assez floue voire souvent utilisée à tort et à travers. Par exemple, certains affirment que leur produit est local car il est « produit en France » ! D’autres annoncent des distances kilométriques assez arbitraires : 100, 150 ou même 250 km entre le producteur et le consommateur. Locavores affirmés puisque défenseurs d’une alimentation locale et en circuit court nous estimons que cette notion importante doit répondre aux trois piliers fondamentaux suivants :

1. Une distance aussi courte que possible entre producteur et consommateur

Pour Via Terroirs, l’alimentation locale c’est réduire la distance entre un producteur et un consommateur, c’est-à-dire :

  • rechercher la distance géographique la plus courte possible entre production et consommation des produits et
  • réduire le circuit de commercialisation à aucun ou un seul intermédiaire, ce qu’on appelle le circuit court (1).  

On peut comprendre alors qu’une alimentation locale varie selon la région et son agriculture : à Paris, les distances d’accès aux producteurs sont plus grandes qu’en Bretagne ou en Auvergne-Rhône-Alpes. Dans certains terroirs comme la Bresse, un restaurateur doit pouvoir trouver facilement sur son territoire des producteurs de poulets de Bresse pour s’approvisionner, sans avoir recours à plusieurs intermédiaires.

Chez Via Terroirs nous pensons qu’une alimentation locale est une alimentation issue de l’agriculture du territoire, c’est à dire qui privilégie les produits du territoire. Convenons qu’un territoire ne se défini pas par une distance en kilomètre, mais par des paysages, des liens sociaux, économiques, humains. Un territoire est aussi défini par la collectivité locale qui l’administre : communes, communautés de communes ou d’agglomération. Ainsi, l’alimentation locale se définie assez logiquement comme plus proche de l’agriculture et à l’échelle de la collectivité locale.

Ne confondons plus les produits locaux issus de leur territoire avec les produits régionaux issus de la région au sens administratif, ou les produits de terroir provenant d’un terroir particulier l’ayant défini. Pour Via Terroirs, l’alimentation locale dans les restaurants, dans les cantines, dans les commerces de proximité, c’est l’alimentation issue du territoire et achetée en direct auprès des producteurs.


Le mot de Baudouin Niogret, cofondateur de Via Terroirs

« Si la distance géographique entre le producteur et le consommateur est importante, elle ne suffit pas à l’évidence : un gros producteur d’œufs de batterie ne rentre pas, selon Via Terroirs, dans une approche locale. Non seulement, il ne s’inscrit pas dans une démarche d’agriculture durable propre à l’alimentation locale, mais ses produits sont également destinés à être distribués et consommés non-localement, au travers d’une filière longue multipliant les intermédiaires et sur de grandes distances géographiques.

A l’inverse, un producteur local est un producteur qui produit et distribue pour les consommateurs de son territoire. Il y a donc derrière l’alimentation locale une forte volonté de relocaliser la production, l’alimentation mais aussi la distribution, le tout pour favoriser les impacts positifs sur l’environnement et sur l’économie locale ».

2. L’alimentation locale est idéalement biologique, sinon raisonnée

Une alimentation bio et local, cela reste l’idéal ! Malheureusement, cet idéal n’est pas toujours réalité à court terme. Pour favoriser la transition alimentaire et le changement des pratiques, n’opposons pas les deux.

Un produit biologique importé de très loin (par exemple un kiwi biologique provenant de Nouvelle-Zélande par avion) ne peut être considéré selon nous comme étant un aliment durable (et encore moins local). A l’inverse, de nombreux producteurs en circuits courts ne bénéficient pas d’un label d’agriculture biologique par choix, en raison de son coût, ou pour d’autres raisons, même si leur mode de production reste respectueux de l’environnement. Ils doivent pourtant être valorisés, car ils sont dans un modèle agricole vertueux : sans être « bio », ils sont respectueux de leurs produits, du cycle de la nature et sont dans un modèle d’agriculture à taille modérée.

Les producteurs en circuit court sont dans une logique de « produire mieux plutôt que plus ». Ils cherchent à limiter la logique d’investir toujours plus (allant parfois jusqu’à un endettement trop important des producteurs) ce qui favorise la diminution d’intrants (produits phytosanitaires, fertilisants…) et le risque d’en devenir dépendant .

L’alimentation locale équilibre ainsi sur un même niveau d’importance les trois piliers du développement durable : Social, Economie et Environnement pour former un tout et atteindre des résultats ayant un impact positif sur le territoire et donc sur l’environnement direct de chacun de ses habitants.

Favoriser l’agriculture locale, c’est favoriser des exploitations à taille humaine où le producteur sera plus proche de son consommateur, plus transparent sur ses pratiques, ce qui le responsabilise quant à son modèle de production. C’est d’ailleurs pour beaucoup de producteurs un premier pas vers une certification bio et c’est ce que nous encourageons.

3. L’alimentation locale s’inscrit dans la saisonnalité

Chaque saison nous fournit ses richesses et une alimentation locale et durable doit être cohérente avec le rythme que la nature nous impose. Ainsi, une alimentation locale implique le respect du rythme des saisons pour produire fruits et légumes ayant un impact le plus faible possible sur l’environnement et le plus fort possible sur le goût. Par exemple, lorsque vous consommez une tomate en hiver, celle-ci est soit issue d’une serre chauffée ce qui demande beaucoup de capitaux et d’intrants soit elle importée d’un pays plus chaud où le climat permet de la cultiver. Dans les deux cas, le bilan carbone n’est pas bon et le goût ne sera pas au rendez-vous comparé à une production locale et de saison. Pour autant, nous ne pensons pas nécessaire d’exclure d’office et par principe d’un régime alimentaire local les aliments non produits localement comme les produits exotiques (bananes, agrumes, ananas, chocolat, café…), ou les produits non disponibles sur le territoire mais tout aussi intéressants comme les produits bénéficiant par exemple d’un signe officiel de qualité.

Fromages, fruits et légumes de printemps : une patience récompensée !

En résumé, l’alimentation locale doit s’inscrire dans une démarche complète de développement durable, nécessitant une réflexion de fond sur :

  • La localisation géographique des produits
  • Le nombre d’intermédiaires
  • L’économie locale
  • La taille des exploitations
  • Le traitement des produits
  • Le respect des saisons
  • Le goût des aliments

Les objectifs de l’alimentation locale

L’alimentation vient de l’agriculture. L’agriculture d’un territoire est ce qu’elle est (selon son climat, ses sols, ses reliefs, son histoire) et ce qu’elle veut être (selon les projets en cours, les productions et modes de production à privilégier : diversité ou spécialité, agriculture biologique, agroécologie…). Ainsi, l’alimentation locale issue du territoire, comme elle consomme les ressources agricoles locales, valorise le territoire, les agriculteurs et influe inévitablement sur leur devenir en privilégiant les productions et modes de productions à développer. L’alimentation locale est ainsi évidemment une alimentation durable et un vecteur de transition écologique.

Recourir à l’alimentation locale, c’est choisir d’impacter positivement et concrètement les modèles de production :

  • si le monde entier consomme, des produits qui viennent tous du même endroit (les avocats par exemple), l’impact est évidemment concentré et négatif sur cette zone de production ce qui crée à terme des problèmes environnementaux et sociaux. A l’inverse, si des milliers de consommateurs s’approvisionnent auprès de leurs producteurs locaux, cela répartit l’impact négatif d’une trop grande concentration.
  • si l’alimentation locale privilégie la transparence, la connaissance des producteurs, la diversité, elle favorise une agriculture de qualité ayant un impact positif sur son environnement, ses paysages, son économie.

Encore mieux, cela va bénéficier à bon nombre de piliers de notre vie quotidienne :

  • La santé : les produits subissent moins de traitements quand ils sont produits à plus petite échelle et lorsqu’ils ils ne sont pas destinés à survivre plusieurs jours avant d’être consommés.
  • L’environnement : les produits phytosanitaires et pollutions liées aux modes de production à grande échelle et aux transports sont largement diminués, permettant de protéger la biodiversité et la qualité des sols qui produisent fruits, légumes et fourrage pour le bétail.
  • L’économie : l’alimentation locale booste l’économie locale, soutient les producteurs et permet la création d’emplois durables sur le territoire.
  • L’humain : encourager les producteurs locaux leur apporte une réelle valorisation de leur métier et de leurs produits, humanise la chaîne de production/distribution et donne du sens au choix alimentaire du consommateur.
  • La diversité alimentaire : cultiver des espèces locales, qui sont plus adaptées que d’autres aux conditions climatiques et sols locaux, permet de sauvegarder des produits parfois rares, de retrouver le goût des produits inédits et d’obtenir un meilleur rendement.
  • Le terroir : enfin, opter pour une alimentation locale, c’est choisir la sauvegarde d’un patrimoine culinaire local et, par ricochet, dynamiser le tourisme du territoire. Que seraient le Jura sans son Mont-d’Or ou l’Alsace sans ses choux à choucroute ?

Les voies d’accès à une alimentation durable et locale

Chacun doit pouvoir connaître et privilégier les produits issus de son territoire, en particulier les professionnels de l’alimentation et de la restauration. Lorsque les produits ne sont pas disponibles localement, allons les chercher plus loin, mais lorsqu’un producteur est à quelques kilomètres, faisons le choix de préférer ses produits.

Diverses solutions existent : nous pouvons évoquer bien entendu la vente directe à la ferme et sur les marchés, mais aussi les points de vente collectifs, les AMAP, les livraisons de paniers, les commerces de proximité ou encore La Ruche Qui Dit Oui. Ces circuits s’adressent principalement aux particuliers.

Via Terroirs ouvre une nouvelle voie pour les professionnels en recourant aux avantages du numérique : la possibilité de passer par un marché de territoire pour leur permettre de développer des liens directs avec les producteurs qui les entourent et d’accéder facilement à une offre locale, directement issues des fermes avoisinantes. Avec en bénéfice plus de qualité, de fraîcheur, de liens humains et de transparence dans l’alimentation ! Pour la restauration collective (une cantine scolaire par exemple) c’est une formidable opportunité pour introduire davantage de produits locaux dans les assiettes.

Relocaliser l’alimentation pour qu’elle soit plus durable constitue un véritable enjeu de notre temps qui interpelle de plus en plus l’opinion publique : en 2017, un quart des Français est adepte de locavorisme (2). Pour une collectivité locale, il ne s’agit pas uniquement de permettre à ses citoyens de manger mieux, mais également d’assurer la souveraineté alimentaire de son territoire sur le long terme et de valoriser ses ressources. Les outils numériques offrent l’opportunité de lier plus facilement les professionnels aux producteurs locaux en circuits courts. Profitons-en !


(1) Lorsqu’il y a plusieurs intermédiaires sur une courte distance géographique entre production et consommation, on parle alors de circuit de proximité ADEME : Alimentation – Les circuits courts de proximité

(2) Mes Courses pour la Planète : Les Chiffres de la Consommation Responsable

© Crédit photo : A. Le Goff pour Via Terroirs